Éloge du noir

Tristan Vyskoc

Dans cette toile toute en nuances de gris, on distingue des silhouettes masculines aux positions étranges, comme si elles étaient tiraillées, voire écartelées !

Les cauchemars d’un artiste tourmenté ? Eh non, ces messieurs sortent tout droit… de l’histoire de l’art ! Le peintre Tristan Vyskoc tire ses références de grands classiques de la sculpture et de la peinture : peut-être en reconnaissez-vous certaines ?

 

Tristan Vyskoc, Laocoon, 2016, huile sur toile, 130 cm x 195 cm

Tristan Vyskoc, Laocoon, 2016, huile sur toile, 130 x 195 cm

 

Au beau milieu, on aperçoit un homme à la large carrure, encadré de deux silhouettes plus menues. Les trois personnages sont en bien mauvaise posture : ils sont attaqués par d’immenses serpents ! Il s’agit d’une célèbre sculpture antique représentant un épisode de la mythologie grecque.

Le prêtre de Troie Laocoon et ses fils sont assaillis par des créatures monstrueuses alors qu’ils tentent de prévenir les Troyens du danger qui les guette : l’arrivée des Grecs, cachés dans le fameux cheval de bois.

 

Laocoon et ses fils

Copie d’un marbre grec antique, Laocoon et ses fils

 

Revenons à notre tableau. Juste à gauche, avec son bras courbé au-dessus de la tête, c’est une autre allusion à Laocoon que Tristan Vyskoc emprunte à l’histoire de l’art. Cette fois, le personnage est peint par El Greco, un grand artiste de la Renaissance espagnole.

 

El Greco, Laocoon, 1610-1614. Huile sur toile, 142 x 193 cm

El Greco, Laocoon, 1610-1614. Huile sur toile, 142 x 193 cm

 

À ses pieds, l’homme courbé à l’air pensif, c’est l’Ugolin de Jean-Baptiste Carpeaux. Ce sculpteur du XIXe siècle s’est inspiré de la vie d’un véritable personnage italien du Moyen Âge, qui a fini ses jours enfermé dans une tour avec ses enfants, condamnés à mourir de faim… Encore une histoire pas très joyeuse !

 

Jean-Baptiste Carpeaux, Ugolin, vers 1862. Plâtre et platine, 195 x 150 x 110 cm

Jean-Baptiste Carpeaux, Ugolin, vers 1862. Plâtre et platine, 195 x 150 x 110 cm

 

Enfin, la dernière silhouette tout à droite, c’est une autre sculpture du XIXe siècle. L’artiste anglais Leighton représente un athlète luttant de toutes ses forces avec un python. Décidément, que de serpents !

 

Frederic Leighton, Athlète luttant avec un python, 1877. Bronze, 175 x 98 x 101 cm

Frederic Leighton, Athlète luttant avec un python, 1877. Bronze, 175 x 98 x 101 cm

 

Le point commun entre ces quatre références fusionnées par Tristan Vyskoc ? Des personnages historiques ou mythologiques, qui, en lutte ou résignés, sentent la mort approcher. De l’Antiquité à nos jours, ces destins tragiques ont inspiré les artistes, en sculpture comme en peinture. C’est aussi pour Tristan Vyskoc l’occasion de rendre hommage à ces histoires ancrées – même inconsciemment –  dans notre mémoire collective, dans une monumentale toile en noir et blanc.

Pourquoi ces deux couleurs ? « Le blanc du pur, de la clarté, de la lumière. Le noir du vide, de la peur, des angoisses, du mal, du rien. » nous répond l’artiste.

 

Vue de l’atelier : Tristan Vykoc et Mont-Blanc, 2016. Huile sur toile, 130 x 195 cm

Vue de l’atelier : Tristan Vykoc et Mont-Blanc, 2016. Huile sur toile, 130 x 195 cm

 

Pour en savoir plus sur Tristan Vyskoc, visitez son site web ou découvrez sa prochaine exposition « Souviens-toi » du 8 au 21 septembre 2017 à la Galerie Vanessa Quang, 7 rue des Filles du Calvaire 75003 Paris
 

 

Categories: Peinture
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