À coups de pinceaux

Łódź, Pologne, vers 1950. Nous sommes dans l’atelier du peintre Władysław Strzemiński, l’un des artistes les plus avant-gardistes et les plus reconnus du pays. Personnalité incontournable du monde de l’art, il a fondé l’école d’arts plastiques de Łódź ainsi que le musée d’art moderne, qui rassemble une collection d’œuvres impressionnante.

Pourtant, c’est une image plutôt misérable qui s’offre à nous : assis à même le parquet, le peintre, de son unique bras valide et avec le peu de matériel à sa disposition, tend son pinceau vers une toile posée par terre sans chevalet. Comment Strzemiński en est-il arrivé là, lui qui quelques années auparavant était célébré dans toute l’Europe de l’Est ? 

 

Boguslaw Linda jouant Władysław Strzemiński dans « Les Fleurs Bleues » d'Andrzej Wajda, 2016 © KMBO

Boguslaw Linda jouant Władysław Strzemiński dans « Les Fleurs Bleues » d’Andrzej Wajda, 2016 © KMBO

 

Après la Seconde Guerre mondiale, la Pologne passe en 1948 sous le joug de Staline, et une République populaire – mais surtout totalitaire – s’installe. Désormais, les artistes doivent être au service du pouvoir communiste. L’art officiel est le « réalisme socialiste » : on doit représenter, de manière figurative, les valeurs promues par le nouveau gouvernement – le travail à l’usine ou dans les champs, l’équité, la patrie… L’abstraction, c’est hors de question : elle est considérée comme trop bourgeoise !

 

Isaak Brodsky, Discours de Lénine lors d'une assemblée de l'usine Poutilov en mai 1917, 1929

Isaak Brodsky, Discours de Lénine lors d’une assemblée de l’usine Poutilov en mai 1917, 1929

 

Mais Władysław Strzemiński n’a aucune intention de se laisser dicter son travail par le régime en place. Il persiste dans sa théorie de l’unisme, en se concentrant sur l’aspect plastique des œuvres. Son obsession ? L’image qui s’imprime dans la rétine une fois qu’on a fermé l’œil. C’est cette image-là qu’il veut mettre sur toile, et qui donne des œuvres colorées et abstraites. 

 

Władysław Strzemiński, Composition maritime. Venus, 1933 et Composition architectonique 12c, 1929

Władysław Strzemiński, Composition maritime. Venus, 1933 et Composition architectonique 12c, 1929

 

Sa rébellion contre le réalisme socialiste lui coûtera cher : banni de l’école qu’il a lui-même fondée, ses œuvres saccagées, il termine sa vie dans la misère la plus totale. On lui refuse jusqu’à ses tickets de rationnement…

Pour rendre hommage à cet artiste insoumis, le grand cinéaste polonais Andrzej Wajda signe une véritable ode à la liberté de création, un film historique et pourtant d’une grande actualité. Son film-testament, puisque le réalisateur est décédé seulement quelques mois après. Une dernière fois, Wajda a mené son combat, celui de l’art contre la dictature.

 

L'acteur Boguslaw Linda et le réalisateur Andrzej Wajda sur le plateau de « Les Fleurs bleues » © KMBO

L’acteur Boguslaw Linda et le réalisateur Andrzej Wajda sur le plateau de « Les Fleurs bleues » © KMBO

 

« Les Fleurs Bleues » d’Andrzej Wajda est désormais disponible en DVD

 

 

Categories: Cinéma, Peinture

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